
Analyse de la discontinuité des méthodes contraceptives en Guinée
Conakry, 30 juillet 2025
Le 30 juillet 2025, la Direction nationale de la santé familiale et de la nutrition a organisé à Conakry un atelier du Comité technique multisectoriel SRMNIA-N, consacré à l’analyse de la discontinuité des méthodes contraceptives en Guinée. Cet atelier s’inscrit dans le cadre de la dynamique de la collaboration pays de Countdown to 2030, visant à renforcer l’utilisation stratégique des données pour améliorer la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile, des adolescents et la nutrition.
Pourquoi s’intéresser à la discontinuité contraceptive
L’utilisation des méthodes contraceptives n’est pas linéaire. Les femmes peuvent commencer, interrompre, changer ou reprendre une méthode au cours de leur vie reproductive. Comprendre ces trajectoires est essentiel pour ajuster les politiques et les services de planification familiale. L’analyse présentée repose sur les données de l’EDS 2018, qui offrent un éclairage précis sur l’ampleur, les causes et les inégalités liées à l’abandon des méthodes contraceptives en Guinée.
Objectifs de l’analyse
L’atelier avait pour objectifs principaux :
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d’estimer l’ampleur de l’arrêt des méthodes contraceptives en Guinée ;
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d’identifier les principales causes de l’abandon ;
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de formuler des recommandations opérationnelles pour améliorer la continuité contraceptive et la qualité des services.
Contexte national de la planification familiale
La Guinée fait face à une croissance démographique rapide et à une fécondité élevée, dans un contexte où plus de la moitié de la population a moins de 20 ans. Le taux de prévalence contraceptive moderne reste faible, autour de 12,5 %, avec des besoins non satisfaits importants, notamment chez les jeunes, les femmes rurales et les groupes vulnérables. Dans ce contexte, la planification familiale demeure un levier stratégique pour réduire la mortalité maternelle et infantile et soutenir le développement humain.
Principaux résultats
L’analyse met en évidence un niveau élevé d’abandon des méthodes contraceptives, particulièrement préoccupant en Guinée. En moyenne, plus d’un tiers des utilisatrices interrompent leur méthode dans les 12 mois, et ce taux augmente fortement avec la durée d’utilisation. Les effets secondaires constituent de loin la première cause d’abandon, en particulier pour les injectables, suivis des implants et des pilules. Les facteurs liés à l’accès aux services, à l’opposition du conjoint ou au désir de grossesse apparaissent secondaires.
Les disparités infranationales sont marquées. Certaines régions, comme Kankan, enregistrent des taux d’abandon très élevés et des durées d’utilisation particulièrement courtes, tandis que d’autres, comme Kindia ou N’Zérékoré, présentent une meilleure continuité. Les écarts entre zones urbaines et rurales restent importants, avec un abandon plus fréquent en milieu rural, notamment pour les injectables et les dispositifs intra-utérins.
L’analyse par groupe d’âge montre que les femmes de 20 à 29 ans sont les plus exposées à l’abandon précoce, alors que les femmes de 30 ans et plus présentent une utilisation plus stable. Le niveau d’éducation joue également un rôle déterminant, les femmes plus instruites utilisant les méthodes contraceptives sur des périodes plus longues.
Enseignements pour l’action
Les échanges lors de l’atelier ont souligné que la discontinuité contraceptive n’est pas uniquement une question de choix individuel, mais aussi de qualité du counseling, de disponibilité des méthodes, et de suivi des utilisatrices. Le manque d’information sur les effets secondaires et l’insuffisance du suivi post-adoption favorisent les abandons précoces.
Recommandations clés
Les participants ont formulé plusieurs recommandations prioritaires :
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renforcer le counseling personnalisé, en particulier sur la gestion des effets secondaires ;
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améliorer la disponibilité continue des méthodes, notamment en milieu rural ;
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cibler davantage les jeunes femmes et les adolescentes avec des interventions adaptées ;
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réduire les inégalités régionales par un meilleur déploiement des ressources humaines et logistiques ;
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intégrer systématiquement l’analyse de la continuité contraceptive dans le suivi des programmes de planification familiale.
Une étape clé pour des politiques fondées sur les données
Cet atelier marque une étape importante dans l’utilisation des données probantes pour orienter les politiques de planification familiale en Guinée. Les résultats de l’analyse constituent une base solide pour renforcer les interventions, améliorer la continuité contraceptive et, à terme, contribuer à de meilleurs résultats en santé reproductive et maternelle.
Source : Présentation de la collaboration pays Countdown Guinée, Analyse de la discontinuité des méthodes contraceptives, EDS 2018


