Renforcer l’analyse et l’appropriation des données SRMNIA-N

Retour sur le second atelier 2025 du Groupe Technique de Travail de la collaboration pays Countdown au Burkina Faso

Ouagadougou, 6–8 août 2025

Dans le cadre de la troisième phase de la collaboration pays Countdown to 2030, le Burkina Faso a accueilli, du 6 au 8 août 2025 à Ouagadougou, le second atelier annuel du Groupe Technique de Travail (GTT). Organisé par l’Institut Supérieur des Sciences de la Population (ISSP), en partenariat avec APHRC, le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique et les partenaires techniques et financiers, cet atelier a constitué une étape clé pour l’examen, la validation et l’appropriation des analyses nationales en santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents, ainsi qu’en vaccination et planification familiale.

Un espace stratégique de validation scientifique et d’orientation politique

Depuis 2023, le GTT joue un rôle central dans la mise en œuvre de Countdown au Burkina Faso. Composé de représentants des directions techniques du ministère, d’instituts de recherche et d’agences statistiques, il est chargé de faciliter l’accès aux données, de valider les méthodes d’analyse et d’orienter l’utilisation des résultats au service des priorités nationales.

L’atelier d’août 2025 avait pour objectif principal de présenter et d’examiner trois ensembles majeurs de résultats :

                        • les analyses sur la discontinuité de l’utilisation de la planification familiale,
                        • les résultats SRMNIA-N issus de la Conférence annuelle Countdown 2025 (CAM 2025) tenue à Nairobi,
                        • les résultats de l’analyse de la couverture vaccinale produits lors de l’atelier annuel de vaccination à Dakar.

À l’issue des travaux, l’ensemble de ces résultats a été validé par le GTT, marquant une étape déterminante avant leur diffusion institutionnelle.

Une participation multisectorielle au service de la qualité des résultats

L’atelier a réuni une pluralité d’acteurs clés, notamment cinq chercheurs de l’ISSP, huit représentants du ministère de la Santé, trois institutions nationales de recherche et un partenaire au développement. Cette diversité d’expertises a permis un examen approfondi des méthodes, des hypothèses analytiques et des interprétations proposées.

La méthodologie a reposé sur des présentations techniques suivies de discussions structurées, permettant d’intégrer en temps réel les observations du GTT dans les analyses finales.

Premier temps fort : comprendre la discontinuité de la planification familiale

Les travaux ont débuté par la présentation des résultats sur la discontinuité de l’utilisation des méthodes contraceptives modernes, fondée sur les données de l’EDS 2021. L’analyse a mis en évidence une discontinuité plus marquée dans les régions confrontées à des défis sécuritaires, chez les femmes jeunes, rurales et de niveau socioéconomique faible.

Les échanges ont permis d’enrichir considérablement l’interprétation des résultats. Le GTT a notamment recommandé :

  • d’intégrer le désir de grossesse comme facteur explicatif légitime de discontinuité,
  • de relier la discontinuité aux niveaux de fécondité,
  • d’examiner l’effet de la disponibilité géographique et de l’accessibilité des services,
  • d’envisager des analyses complémentaires incluant les données de l’EDS 2010 et des sources administratives sur la disponibilité des produits contraceptifs.

Ces discussions ont renforcé la pertinence opérationnelle des recommandations formulées en matière de conseil contraceptif et d’organisation de l’offre de services.

Améliorer la qualité et l’interprétation des données

Un second axe majeur de l’atelier a porté sur la qualité des données utilisées pour estimer les couvertures et des inégalités. Les experts ont recommandé d’exclure les structures non fonctionnelles dans les analyses et de mettre en place un dispositif systématique de « captage de contexte » afin de mieux interpréter les résultats dans des environnements marqués par l’insécurité.

Ces orientations méthodologiques visent à renforcer la robustesse des estimations et leur crédibilité auprès des décideurs.

Analyse des inégalités de soins et de la performance du système de santé

Les travaux se sont poursuivis avec l’examen des tendances et inégalités en soins prénatals, accouchements, vaccination et planification familiale. Plusieurs écarts entre sources de données ont été discutés, notamment entre enquêtes et données de routine, conduisant à recommander une révision attentive des dénominateurs et une amélioration de la présentation cartographique des inégalités.

Les analyses sur la mortalité et l’utilisation des services ont mis en évidence :

  • une légère baisse de la mortalité maternelle,
  • une hausse préoccupante de la mortalité néonatale en milieu hospitalier,
  • une diminution du nombre de contacts malgré la gratuité des soins, probablement liée à l’insécurité.

Ces résultats ont ouvert un débat approfondi sur l’adaptation des indicateurs de performance et sur l’interprétation des tendances dans un contexte de transition démographique et sécuritaire.

Troisième temps fort : vaccination et iniquités territoriales

Le dernier jour a été consacré à l’analyse des progrès réalisés en matière de vaccination entre 2020 et 2024. Les participants ont salué la bonne qualité globale des données, tout en formulant plusieurs recommandations clés :

  • structurer les analyses par antigène pour améliorer la lisibilité,
  • privilégier le terme « iniquités » plutôt que « inégalités »,
  • mieux documenter les taux d’abandon et les écarts entre sources DHIS2 et WUENIC,
  • renforcer les recommandations opérationnelles adressées au ministère de la Santé.

L’accent a été mis sur la nécessité de proposer des présentations plus synthétiques et orientées vers l’aide à la décision.

Vers une utilisation renforcée des résultats pour l’action publique

En clôture de l’atelier, les prochaines étapes ont été clairement définies. Elles incluent :

  • des analyses approfondies sur l’impact de l’insécurité sur les indicateurs SRMNIA-N,
  • la finalisation des rapports validés,
  • la préparation de produits de communication adaptés aux décideurs nationaux.

Par la richesse de ses échanges et la rigueur de ses validations, cet atelier du GTT a confirmé le rôle stratégique de Countdown comme plateforme d’excellence pour la production, l’interprétation et l’appropriation des données au service de l’équité en santé au Burkina Faso.